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Note sur les circonstances de rencontres au prisme de « Rond-points, tiers-lieux et gilets jaunes »

appronfondissement depuis Note n°1 : Les circonstances de rencontres et les Etapes vers une conception politique du tiers-lieu

En partant de :

Le rond-point

Un rond-point est une oeuvre d’art. Mystérieux rond-point. Perfection du monde des transports. Il est presque aussi naturel que notre manière de marcher. Du rond-point purement fonctionnel qui sert à réguler la circulation dans les zones urbaines, au rond-point de nos campagnes qui sont souvent de véritables travaux d’orfèvres, il existe un véritable maquis des rond-points.
Il n’existe pas de nos jours de théorie unifiée du rond-point. L’objet est bien trop complexe et insaisissable pour donner lieu à une théorie qui échapperait à toute controverse. De plus, lorsqu’on tente de développer une théorie du rond-point, différentes questions peuvent se poser.
  • Pourquoi construit-on des ronds-points ?
  • Pourquoi construit-on des ronds-points plutôt que des carrefours avec des feux ?
  • Pourquoi cette tendance s’est accélerée au cours des dernières années ?
  • Cette tendance va-t-elle se prolonger dans le temps ?
  • Ne va-t-on pas revenir aux feux ?
  • Combien y a-t-il de solutions possibles pour gérer un croisement routier ?
  • Quelle est la plus optimale ?
  • Laquelle est la mieux adaptée pour les accidents, pour la gestion des flux routiers ?
  • La forme et les types de ronds-points sont-ils corrélés à certains facteurs tels que la localisation spatiale, le caractère urbain ou rural ?
  • Ont-ils évolué au cours du temps ?
  • Comment est perçu le rond-point par les populations ?

Rond-point symbole d'urbanité

Urbanité : Emprunté au latin urbanitas, dérivé de urbanus (« urbain »), ce qui possède des qualités qu’est censé posséder un objet de la ville par opposition aux attributs de la campagne, jugés plus en en dehors des villes.

La volonté politique (élu⋅e d'une localité) de création d'un rond-point, souvent sur une infrastructure de flux géré par un conseil départemental, peut être vu et compris comme un symbol du désir d'urbanité, dont une partie de la délégation du financement de fabrication et entretien est du ressort du département dans le système territoriel en France. Cette urbanité, qui convient pour le poltique d'inventer car elle n'existe pas, peut renforcée par une issue de ce rond-point débouchant sur une marque, au sens enseigne commerciale à forte valeur de considération de ce qui serait de la ville, telle que par exemple un géant du commerce ou une entreprise internationale de logistique.

Soudain est apparue (inventée par qui ?) la ruralité, mot abstrait, mot hors-sol, technocratique, ministériel, énarque pour tout dire, conforme au jargon de l'époque, comme dans cette formule typique: « Les acteurs de la ruralité dans les territoires ». Étant moi-même né à la campagne, ayant passé mon enfance à la campagne, je découvre que j'étais, en réalité, un acteur de la ruralité. Franchement, je n'ai pas mérité ça. (Alain Remond – La ruralité- Journal La Croix, page 28, 16 septembre 2015)

Le villagge de 800 habitant⋅e⋅s pourra être considéré dans une forme d'imaginaire politique comme rural jusqu'a ce qu'il acquiert, par l'aide d'un⋅e urbaniste, qui fabrique l'espace urbain, un rond-point à l'orée de son territoire administrée sur un voie de flux entrant et sortant de ce village.

Un urbain est Relatif à la ville. Un ensemble de contenus sur un support, plan géographique, établi dans un contexte de production historique et pour un contexte de fonctions liées à une densité élevée de population dans cet espace-temps.

Tout constrution du territoire n'est donc pas urbaine. Pour devenir urbain il y a nécessité de pérennité et de contexte géo-historique et social. Les objets qui ne remplissent pas ces conditions dans les critères de gestion politique attribués ne sont pas des urbains. Ils peuvent bien entendu véhiculer de l'amènagement du teriitoire, mais la nature de ce véhicule, et la nature de l'interprétation qui en sera faite, seront différentes.

Bien comprendre la nature de ce que l'on nomme urbain permet de s'interroger sur la nature de ce que l'on nomme urbanité.

Le tiers-lieu(x)

La considération sociologique, au travers de la thèse d'Antoine Burret1), de la configuration en tiers-lieu repose sur les circonstances de rencontres qui amènent à envisager les processus tiers-lieu comme une configuration sociale particulière où se produit une rencontre entre des entités individuées qui s’engagent intentionnellement à la conception d’une représentation commune, c’est-à-dire à responsabilité partagée.

Le tiers-lieu peut être vu comme provenant de rencontres, donc de leurs circonstances, aboutissant sur une proposition d'intention posée et partagée dans un espace-temps auxquelles il est adjoint une documentation de ce qui est fait, c'est à dire un processus de documentation (qui peut être lu comme un moyen de résistance 2) )

Le tiers-lieu est-il un rond point comme les autres ?
Un rond point, cette fabrication, cette œuvre, autant anodine que particulière qui fleurit partout en France, a un coût moyen pour une installation « ornementée » d’1 million d’euro 1. Le rond point c’est un peu de la maire ou du maire qui veut signifier à ces adminsitré⋅e⋅s qu’il ou elle s’occupent d’eux et d’elles : « Regardez cet effort florale et artistique qui rend hommage à l’attention que je porte à votre existence dans le flux de circulation de notre ville ». Viens dès l’après discours de l’homo spectalucus l’ère du ranking du rond-point. − Théorie anthropologique du Tiers-Lieu à Mille milliards d'euros

Les circonstances de rencontres

Circonstance

Circonstance : Fait particulier qui accompagne un événement ; élément secondaire d'une situation. Occasion particulière, moment. Défintion du dictionnaire Larousse
Qui sont les fondateurs des entreprises « innovantes » ? Selon quelles logiques s’engagent-ils dans le processus de création d’entreprises. L’article s’efforce de répondre à ces questions sur la base d’une enquête réalisée entre 2005 et 2014 sur 97 entreprises « innovantes » installées dans diverses agglomérations de la région Midi-Pyrénées (Toulouse, Castres, Tarbes) ainsi que dans celles de Bordeaux, Grenoble et Marseille. Nous proposons une typologie des situations à partir desquelles s’effectue l’engagement dans la création d’entreprise. Nous montrons que ces entrepreneurs, qui créent le plus souvent leur entreprise à plusieurs, sont en majorité des ingénieurs ou des cadres en milieu de carrière confrontés à des formes d’incertitude professionnelle (licenciement, risque de perte d’emploi, difficultés dans leur entreprise), mais aussi parfois des chercheurs du secteur public souhaitant créer des activités à partir de leurs travaux sans pour autant quitter leur emploi. La fondation d’une entreprise, même « innovante », est donc assez rarement le résultat d’une prise de risque visionnaire d’une personne en situation stable, et nettement plus fréquemment une solution parmi d’autres pour quelqu’un qui se trouve en situation instable, voire parfois le dos au mur. « Entrepreneurs de circonstance : une enquête sociologique sur les fondateurs de start-up en France » Jean-François Barthe, Nathalie Chauvac et Michel Grossetti − Dans Revue de l’Entrepreneuriat 2016/3-4 (Vol. 15), pages 163 à 180

Rencontre

Rencontre désigne les interactions (rapprochement, contact, échanges) entre des objets ou des personnes physiques ou des personnes morales ou des idées (ou un mélange de ces entités).

Rencontres au rond-point

« Le mouvement des Gilets jaunes est apparu en France en octobre 2018 et s'est étendu dans de moindres proportions à d’autres pays. Ce mouvement social spontané trouve son origine dans la diffusion sur les réseaux sociaux d’appels à manifester.
La mobilisation a pour motivation de départ le rejet de l'augmentation de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Elle s'élargit rapidement à d’autres revendications fiscales et sociales (hausse du pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires, maintien des services publics, taxation du kérosène et des fiouls maritimes, rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune…), ainsi que politiques (amélioration de la démocratie représentative, notamment par le référendum d'initiative citoyenne, démission du président Emmanuel Macron…).
À partir du 17 novembre 2018, le mouvement s'organise autour de blocages de routes et ronds-points et de manifestations nationales chaque samedi. Les protestations trouvent un fort écho dans les zones rurales et périurbaines, et s’étendent aussi aux grandes villes, où des violences lors des manifestations hebdomadaires provoquent d’importants dégâts matériels et donnent lieu à de nombreuses arrestations fr:Mouvement_des_Gilets_jaunes_(France)

La feuille d'impôt, le rond-point et Facebook : huit sociologues décryptent les "gilets jaunes" :

« la puissance numérique de la mobilisation, avec “beaucoup de monde, alors même que l’on se trouve dans des milieux ruraux peu peuplés et peu enclins à se mobiliser en temps normal“ »

Le point vue sur d'affordance.info, Alivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l'information.

« l'opération gilets jaunes est un exemple de plus de la manière dont Facebook en particulier, “les réseaux sociaux” et internet en général, ont “facilité l'organisation des révolutions sociales mais en ont compromis la victoire” comme l'expliquait Zeynep Tufekci il y a déjà 4 ans. Le journaliste Jules Darmanin a publié sur Twitter ce qui me semble être, avec celle de Zeynep ci-dessus, l'autre analyse la plus pertinente de ce mouvement de mobilisation en ligne : “Les gilets jaunes se sont constitués grâce aux groupes facebook, il est donc logique qu’ils finissent comme des groupes facebook : mal modérés, pourris par des éléments toxiques et remplis de gens qui ont des visions différentes pour le même groupe.”
« “un réseau se compose de liens forts et de liens faibles. La force des liens est caractérisée par la combinaison du temps passé ensemble, de l'intensité émotionnelle, de l'intimité et de la réciprocité du lien entre l'agent A et l'agent B. Les liens forts sont ceux que l'on a avec des amis proches (il s'agit de relations soutenues et fréquentes). Les liens faibles sont faits de simples connaissances. Les liens faibles sont dits « forts » dans la mesure où, s'ils sont diversifiés, ils permettent de pénétrer d'autres réseaux sociaux que ceux constitués par les liens forts.” » théorie de la force des liens faibles de Mark Granovette
  • Les Gilets Jaunes se mobilisent principalement autour de ronds-points
  • les ronds-points sont des points importants et particuliers dans le graphe du réseau routier.
  • Des différences internes aux gilets jaunes apparaissent entre gilets jaunes de rond-point et gilets jaunes de boulevard (qui manifestent dans les grandes villes le samedi principalement)
  • le web est un graphe invariant d'échelle, avec des liens forts et des liens faibles
  • les liens faibles sont souvent plus “forts” que les liens forts (parce qu'ils permettent d'atteindre d'autres audiences, d'autres communautés, d'autres réseaux).

Quelques mois plus tôt, Facebook avait déjà décidé de valoriser les publications issues des groupes afin de renforcer les liens entre les communautés locales et les internautes partageant des affinités (ref)

La feuille d'impôt, le rond-point et Facebook : huit sociologues décryptent les "gilets jaunes" :

« presque autant de femmes que d’hommes, “alors même que, d’habitude, dans les activités publiques, ce sont les hommes qui sont placés sur le devant de la scène, particulièrement en milieu rural”, note Benoît Coquard, qui distingue même de nombreuses femmes à l’origine de la mobilisation là où il s’est rendu »

La feuille d'impôt, le rond-point et Facebook : huit sociologues décryptent les "gilets jaunes" :

« l'appartenance aux classes populaires “dans la zone « en bas à droite » de l’espace social si l’on prend une grille de lecture bourdieusienne”, c’est-à-dire des gens souvent issus des classes populaires aux classes intermédiaires, plutôt peu diplômés et exerçant des métiers souvent manuels. Des “gilets jaunes” qu’il a effectivement croisés sur le terrain, »

Entre fragmentation et distance au(x) « politique(s) »

« La rétraction du bassin d’emploi oblige de nombreux habitants à investir des territoires plus dynamiques. Ces évolutions favorisent un malaise face à ce qui est perçu comme le déclin de la ville, la « sinistrose », selon les termes d’un élu local. Le bourg est donc assez typique de ces territoires ruraux, qui incarnent, avec les grands-ensembles, l’un des principaux espaces de résidence des classes populaires contemporaines. »
1)
Etude de la configuration en Tiers-Lieu : la repolitisation par le service par Antoine Burret https://www.theses.fr/2017LYSE2001
2)
De l'hypothèse de la documentation comme technique de résistance et du wiki comme objet de ces résistances https://stylo.ecrituresnumeriques.ca/api/v1/htmlArticle/5bdc530bbe02b200111c1975?preview=true&citation=inline
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norae/gouvernance_note-tilios-1-a.txt · Dernière modification: 2019/02/27 12:20 par xavcc